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VALON & PONTIER Avocats à Marseille

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Moi, Avocat, je n'accepte plus l'aide juridictionnelle!

Publié le 16/10/2015

Le propos qui suit ne sera pas propos convenu et le lecteur voudra bien m’en excuser.

Il est habituel de dire que les mentalités ont en général deux décennies de retard sur la réalité.

S’agissant de la question de l’aide juridictionnelle, c’est manifeste.

Quand j’ai embrassé cette profession (on dit comme ça, c’est coquin), il y avait à Marseille 400 avocats, il y en a aujourd’hui 2000.

Et je ne vous parle pas des années 40 du siècle dernier…

Parallèlement, la richesse locale ne paraît pas avoir augmenté dans des proportions faramineuses.

Mais, ce qui a augmenté de considérable manière, c’est la nécessité de la rigueur dans l’exercice de la profession.

D’abord, j’ai connu un temps où il n’y avait pas de TVA. (Oui, je sais, les années 40)

Et puis sont venues, année après année, toutes sortes de contraintes, comme les connaissent les professionnels exerçant dans d’autres secteurs.

Le regard attentionné des URSSAF et des services des impôts, leurs contrôles multiples, obsessionnels existent.

Par ailleurs la situation économique, ces dernières années, s’est  tendue. (Délicat euphémisme)

Et pour tout dire, voyez-vous, il arrive à des cabinets d’avocats de faire faillite ou d’avoir des difficultés bancaires.

Un cabinet d’avocats, aujourd’hui, est obligé d’avoir une gestion sérieuse, sinon il se trouve en difficulté.

Un avocat, de quartier même, est un petit dirigeant c’est-à-dire qu’il doit exercer son cœur de métier, mais également gérer ; mais également prospecter.

Bien sûr, il reste dans le cœur de métier l’humanisme et je crois que chaque avocat dans son exercice sait oublier de facturer.

Mais la question de l’aide  juridictionnelle est devenue indécente.

Indécente, car le logiciel des fonctionnaires reste le même : on augmente les seuils permettant l’accès, on ne limite aucunement le domaine d’attribution, pourtant fantasque.

La seule variable pour faire des économies, c’est la rémunération des avocats.

Sauf que les avocats, aujourd’hui, ne sont pas forcément ceux que l’on imagine, mais des hommes et des femmes, jeunes souvent, devant faire vivre leur famille et payer leurs charges.

Et qui n’y arrivent plus, comme ailleurs.

Je ne reviens pas sur la question de la faiblesse des indemnités qui n’atteint pas le seuil de rentabilité d’un cabinet d’avocats.

Mais, aujourd’hui, les choses sont allées trop loin, c’est-à-dire que l’acceptation de dossiers à l’aide juridictionnelle n’est plus possible pour un cabinet non seulement de taille moyenne, mais même petit, sauf à mettre en péril son activité si cette charge sociale n’est pas compensée par ailleurs.

Or, souvent, des dossiers à l’aide juridictionnelle posent difficulté en raison du temps qu’ils demandent et aussi, parfois, de l’exigence de cette clientèle habituée à ne rien payer, et d’autant plus difficile.

Et oui, je l’écris !

Vous voyez, quand les semaines sont lourdes, c’est-à-dire que le temps de travail est celui d’un cadre supérieur, avec les revenus, parfois, d’un cadre moyen, souvent, le temps est précieux qui manque pour faire ce qu’il est nécessaire de faire pour gérer bien, travailler ses dossiers, se former.

Madame Taubira, qui ne laissera pas le souvenir d’un grand ministre, parlait de l’avocat de base.

L’avocat de base, c’est un petit patron ; il fait comme il peut.

Donc, cette année, la mutuelle pour le personnel ; la question de l’accessibilité des locaux, délirante qui oblige à demander une dérogation avec un dossier en quatre exemplaires, la diarrhée textuelle qui devait cesser mais qui s’est accélérée, la mise à jour toujours constante de l’informatique, la formation professionnelle, etc…

Avec des décideurs incapables de comprendre que toute cette lourdeur génère des coûts qui détruisent le  salariat et oblige à des choix de gestion.

Alors, face au mépris de Bercy, à l’inexistence de la Ministre de la justice, à cette incompréhension d’une classe dirigeante fonctionnarisée incapable de comprendre le monde libérale, il ne reste qu’un geste de lassitude : ne plus accepter les dossiers à l’aide juridictionnelle.

C’est le choix que j’ai fait, je n’en ai plus les moyens et je laisse glapir les bonnes âmes, en général inconscientes de ce qu’est l’aléa et l’inquiétude du mois suivant !

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